Les ruelles de Dubrovnik prises d’assaut, les ferry bondés vers Santorin, les plages de l’Algarve saturées… Le surtourisme gâche chaque été le voyage de millions de visiteurs et met à rude épreuve les habitants. Pourtant, une tendance émerge : les vacances à pied séduisent de plus en plus de monde. Au Royaume-Uni, les recherches Google pour « walking holiday » ont grimpé de 60 % en un an. L’idée ? Remplacer les visites express par des itinéraires lents, hors des sentiers battus, au contact des réalités locales. Et si la solution pour sauver les hauts lieux européens se trouvait simplement sous tes semelles ?
vacances à pied : une réponse concrète au surtourisme en Europe
Annie Antonatou, spécialiste grecque des séjours de randonnée, résume parfaitement le problème : « Le surtourisme, ce n’est pas seulement une question de chiffres, c’est une question de concentration. » En clair, ce n’est pas le nombre total de touristes qui pose problème, mais leur présence simultanée aux mêmes endroits, aux mêmes heures. Les randonneurs, eux, se déploient sur les sentiers, visitent les villages alentour et s’aventurent sur des îles voisines moins connues. Cette répartition naturelle désengorge les sites les plus fragiles tout en offrant une expérience plus immersive.
La marche s’inscrit pleinement dans une logique de tourisme durable et de mobilité douce. Pas de bus touristique, pas de bateau de croisière : juste une paire de chaussures et des chemins balisés. En 2026, alors que la Commission européenne pousse les voyageurs à adopter des pratiques plus respectueuses, la randonnée apparaît comme l’une des alternatives les plus efficaces face à la saturation.
Quand la randonnée redynamise les économies locales
Les marcheurs dépensent là où les touristes de masse ne font que passer. Annie Antonatou observe que ses clients s’arrêtent dans les boulangeries, les tavernes et les petites maisons d’hôtes. « Ce sont précisément ces petites interactions qui font vivre l’économie des villages », souligne-t-elle. Un dîner chez l’habitant, un ferry local, un café en terrasse : chaque euro laissé en route profite directement aux communautés qui entretiennent les paysages.
Cette dynamique illustre parfaitement les principes de l’écotourisme : voyager léger, consommer local, respecter la nature. L’impact économique est d’autant plus important que les randonneurs voyagent souvent hors saison, étendant ainsi la période d’activité des commerces. Veriano Verde, guide italien basé près d’Amalfi, le confirme : ses séjours en automne ou en hiver permettent aux habitants de travailler toute l’année sans dépendre uniquement des mois d’été.
Les meilleurs itinéraires de randonnée pour échapper aux foules en Europe
Bonne nouvelle : on peut marcher dans les destinations les plus prisées du continent sans étouffer dans la foule. Il suffit de choisir les bons itinéraires et les bonnes périodes. Voici quatre chemins de randonnée qui changent radicalement la façon de visiter l’Europe.
Italie : la côte amalfitaine à pied, entre mer et montagne
Veriano Verde a grandi à quelques kilomètres de la côte amalfitaine. Pour lui, le célèbre Sentier des Dieux est une expérience presque mystique : « Il est presque impossible à décrire avec des mots – il faut simplement le vivre, en se laissant porter, suspendu entre la mer et le ciel. » Ce qui rend ce parcours unique selon lui, c’est son lien avec les modes de vie traditionnels. En chemin, on croise des bergers, on visite une ferme de mozzarella de bufflonne à Agerola, et on découvre des villages accessibles uniquement à pied.
Son conseil : ne pas s’arrêter à la Piazza del Duomo. Perds-toi dans le labyrinthe de ruelles qui monte derrière la cathédrale, ou emprunte le sentier qui relie Amalfi à Atrani, le village voisin. La meilleure période ? Le printemps (avril à juin) ou l’automne (septembre et octobre), mais Verde recommande surtout l’hiver, quand « c’est comme si toute la côte était réservée rien que pour vous ». Un séjour guidé d’une semaine coûte environ 1 715 € par personne, vols exclus.
Grèce : Santorin et les Cyclades à la marche
Santorin reste un incontournable, mais Annie Antonatou recommande de combiner la caldeira avec des îles plus tranquilles comme Naxos, Sifnos, Milos ou Tinos. La randonnée Fira-Oia, le long de la caldeira, est pour elle « l’une des plus belles randonnées côtières au monde ». Mais sa préférée reste l’ascension du mont Zas à Naxos, point culminant des Cyclades, où la mythologie raconte que Zeus aurait passé une partie de son enfance.
« En chemin, tu rencontres les habitants, tu découvres les plantes endémiques et l’agriculture traditionnelle, tu manges dans des tavernes qui servent des produits cultivés ou pêchés sur place. L’expérience est immersive plutôt que précipitée », explique-t-elle. Ce type de séjour prouve que des îles comme Santorin ne sont qu’un chapitre d’une histoire bien plus vaste. La période idéale s’étend de fin mars à début juin, ou de septembre à novembre, quand les champs de fleurs sauvages et les eaux encore chaudes récompensent les efforts.
Portugal : le Chemin des pêcheurs, un littoral préservé
Ricardo Estêvão, directeur de Vincentina Travel, connaît chaque recoin de l’Algarve. Il insiste : « La côte sud-ouest, en particulier le long du Chemin des pêcheurs, reste l’un des derniers littoraux véritablement sauvages d’Europe. » Ce sentier de 78 km, de Porto Covo à Odeceixe, fait partie de la Rota Vicentina, un réseau de 450 km de chemins balisés qui longent des plages spectaculaires et tranquilles.
Ce qui marque les voyageurs ? Pas seulement les panoramas. Les rencontres avec des pêcheurs qui réparent leurs filets, les patrons de petits cafés qui accueillent les marcheurs depuis des générations, ou un poisson fraîchement grillé dans un restaurant familial surplombant l’Atlantique. Estêvão insiste sur l’importance de soutenir les organisations de sentiers comme la Rota Vicentina : « Les itinéraires de randonnée nécessitent une maintenance constante. Les soutenir contribue à préserver ces paysages pour les générations futures. » Il ne propose d’ailleurs aucun départ en juillet-août, afin de garantir une expérience paisible aux marcheurs et aux locaux.
Croatie : la péninsule de Pelješac et l’île de Mljet à pied
À deux heures de Dubrovnik, la péninsule de Pelješac offre des paysages de vignobles, d’oliveraies et de cités médiévales. La ville de Ston, avec ses remparts de 5 km, constitue un point de départ idéal pour des boucles faciles autour des lacs salés de l’île de Mljet, ou pour l’ascension plus soutenue du mont Montukuc, qui domine l’Adriatique.
Pour échapper aux foules de Dubrovnik, Sarah Faith, rédactrice chez Responsible Travel, recommande de grimper le mont Srđ à l’aube. Les sentiers partent à l’est de la vieille ville et offrent des vues spectaculaires sur la cité, bien avant l’arrivée des cars de croisière. Si tu veux parcourir les remparts, fais-le avant 9 heures ou après 16 heures. En septembre et octobre, les vendanges animent la vallée de Konavle et la péninsule de Pelješac, une période parfaite pour allier randonnée et découverte gastronomique.
Comment adopter un tourisme responsable sur les sentiers européens
Choisir la marche n’est que la première étape. Pour que ton séjour ait un impact positif, quelques règles simples s’imposent. D’abord, privilégie les hébergements tenus par des habitants et les guides locaux : ils connaissent les sentiers, les saisons et les histoires qui font la richesse d’un territoire. Ensuite, respecte la nature en emportant tes déchets, même si certains sont biodégradables. La préservation environnementale passe aussi par des gestes concrets.
Avant de partir, renseigne-toi sur les périodes de fréquentation. Mars, juin, septembre ou octobre offrent souvent des conditions idéales : moins de monde, des températures agréables et des paysages changeants. En choisissant des séjours en automne ou au printemps, tu participes à étaler les flux touristiques et à rendre le tourisme responsable viable pour les communautés qui t’accueillent.
- 🥾 Marche en dehors des heures de pointe (le matin tôt ou en fin d’après-midi) pour éviter les croisements massifs.
- 💶 Privilégie les commerces de proximité : boulangeries, tavernes, producteurs locaux, petits hôtels familiaux.
- 🌿 Évite les sentiers principaux aux heures de forte affluence et explore les boucles secondaires balisées.
- 🧭 Emporte une carte papier ou une application hors ligne pour ne pas dépendre des réseaux, et ne quitte pas les chemins balisés.
- 🚆 Utilise les transports en commun ou le covoiturage pour rejoindre les points de départ, et réduis ton empreinte carbone.
Avant de boucler ton sac, pose-toi ces questions : Ai-je choisi une période creuse ? Mon itinéraire soutient-il vraiment les acteurs locaux ? Suis-je prêt à m’adapter aux conditions météo et aux fermetures de sentiers ? Ces quelques vérifications suffisent à transformer une simple randonnée en véritable action de développement durable.
Les vacances à pied ne sont pas une simple mode. Elles redonnent du sens au voyage, ralentissent le rythme et créent des liens concrets avec les territoires visités. À l’heure où les villes européennes multiplient les restrictions pour contenir les foules, la marche offre une échappée à la fois douce et exigeante. Alors la prochaine fois que tu planifieras un voyage, pense aux sentiers plutôt qu’aux files d’attente. Tes épaules, les habitants et la planète te diront merci.

Gabin a parcouru la Pologne à vélo pendant trois étés de suite, carnet en poche. Ancien étudiant en géographie, il documente chaque trajet avec des notes de terrain et des photos prises sur le vif. Sa spécialité : trouver les routes que le GPS ne connaît pas.