Tu as compté les jours jusqu’à tes congés, te voilà enfin posé quelque part, et c’est là que ça déraille : des pensées intrusives s’invitent, ton corps se crispe, et tu n’arrives plus à profiter. Cette situation te semble familière ? Tu es loin d’être un cas isolé. Chaque été, Maëlle, 32 ans, prend un mois de vacances et, chaque année, c’est le même manège : elle s’agite dans tous les sens, trie, range, fait de l’ordre. « J’ai l’impression que le fait d’être en vacances vient toujours avec un intense besoin de contrôle sur mon environnement alors qu’au fond, j’aurais sûrement plutôt besoin de me reposer. »
On pourrait croire que passer de l’occupation au repos est un glissement naturel. Or, rien n’est moins vrai. Ce paradoxe, vécu par beaucoup, mérite qu’on s’y attarde pour enfin comprendre ce qui se joue et trouver des solutions concrètes.
L’anxiété en vacances : un phénomène plus courant qu’on ne le croit
Le passage brutal d’un quotidien structuré à un temps libre déstructuré peut provoquer un véritable malaise. Médecin addictologue et autrice de Mon ado est accro aux réseaux (2024, De Boeck Supérieur), Juliette Hazart observe qu’il est courant de se sentir anxieux lors d’une coupure avec ses habitudes. « En vacances, on passe sans transition de journées balisées à un temps plus ouvert. Résultat, les émotions habituellement tenues à distance remontent plus facilement à la surface. L’esprit n’étant plus accaparé par des tâches externes, on vit ce temps libre comme un vide qui laisse la place aux pensées et aux incertitudes. »
Ce vide peut rapidement devenir une source de préoccupations en boucle : on s’auto-observe davantage, on questionne des choix de vie, on ressasse. Lou, 43 ans, passe chaque année une semaine en famille et se sent systématiquement déprimée : « Entre les tâches ménagères qui me reviennent car je suis la seule sans enfants et les personnalités de chacun, ce n’est pas de tout repos. Je me mets à douter de mes choix de vie, je mets mon existence en perspective et j’ai franchement le moral en berne. »
La vacanxiété : quand les vacances deviennent une source de stress
Ce phénomène porte même un nom : la vacanxiété. Elle désigne l’anxiété liée aux préparatifs et aux attentes associées aux congés. La pression sociale pour vivre des vacances parfaites, la surconnexion aux écrans et l’idée que ce temps doit être exceptionnel transforment une période censée être reposante en source de tension. L’injonction à profiter « à fond » de chaque instant génère une culpabilité tenace quand on n’y arrive pas.
Salvatore, 52 ans, incarne parfaitement ce mécanisme : « En vacances, je suis toujours le premier levé pour enchaîner sport, cuisine, visites culturelles. Je tiens difficilement en place, sinon j’ai l’impression de ne pas mettre correctement à profit tout ce temps qui m’est alloué. » Ce besoin de performance, hérité d’une société qui valorise la productivité, transforme le repos en un nouveau terrain de compétition avec soi-même.
- Accepte la transition
Ne t'attends pas à être détendu en 24 heures. Laisse-toi deux ou trois jours pour décompresser.
- Garde des repères légers
Un horaire de repas, une marche le matin, une lecture le soir. Rien de rigide, juste de quoi rassurer ton corps.
- Déconnecte les écrans
Les notifications entretiennent l'agitation. Fractionne tes temps de connexion pour profiter du présent.
- Révise tes exigences
Tes vacances n'ont pas à être parfaites. L'important, c'est de te sentir bien, pas de cocher toutes les cases.
- Bouge à ton rythme
Une balade, un bain, un étirement. Le mouvement aide l'esprit à se poser sans en faire trop.
L’oisiveté, un défi pour l’esprit humain
Blaise Pascal, dans ses Pensées, décrivait déjà ce malaise profond : « Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, son impuissance, son vide. » Cette observation philosophique du XVIIe siècle reste d’une actualité saisissante.
Les horaires fixes, les obligations sociales, les activités de loisir, les repas structurés servent de béquilles émotionnelles au quotidien. Quand ces repères disparaissent d’un coup, l’organisme se retrouve en manque, un peu comme un sevrage. Le cerveau réclame son rythme et le fait sentir par de la tension, de l’irritabilité ou de l’angoisse. Ce passage à vide dure en général de quelques jours à deux semaines, le temps que le corps et l’esprit s’adaptent à ce nouveau cadre.
L’angoisse de la mort, un tabou qui refait surface
Pascal poursuivait : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer au repos, dans une chambre. » Pour le philosophe, l’hyperactivité humaine viserait à détourner l’esprit d’une angoisse universelle : celle de mourir. Lorsque l’agenda se vide, cette peur refait surface sans filtre.
Salvatore ne renierait pas cette idée : « Dès que je n’ai plus d’obligation professionnelle ou sociale, je me sens plongé dans un vide existentiel. Je me mets à angoisser pour la santé de mes proches, je pense au jour de leur mort et de la mienne. C’est assez terrifiant, alors j’ai hâte de reprendre le travail pour retrouver ma légèreté habituelle. » Un témoignage qui résonne avec la difficulté collective à supporter l’inaction.
Comment gérer l’anxiété pendant les vacances ? Des pistes concrètes
Bonne nouvelle : il n’existe pas de recette miracle, mais des stratégies éprouvées pour apprivoiser cette période. Juliette Hazart insiste sur un point essentiel : « Il faudrait sortir de cette vision idéalisée du temps libre. Savoir appréhender et habiller le vide, c’est une compétence qui s’acquiert. » Le lâcher-prise n’est pas immédiat ; il faut accompagner la démarche.
Réinstaurer des repères et baisser ses attentes
Commencer par recréer une structure minimale dans la journée peut faire toute la différence : des horaires de repas relativement fixes, des nuits de sommeil suffisamment longues, une régulation de la consommation d’alcool. Ces petits repères rassurent l’organisme et facilitent la transition vers le repos. Il est aussi crucial de réduire ses attentes concernant l’immédiateté de la détente.
Accorde-toi des moments non performatifs : une marche dans la nature, une sieste, un moment de lecture, la contemplation d’un paysage. Ces activités sans objectif précis permettent au cerveau de déconnecter réellement et de retrouver un équilibre.
Apprivoiser ses ruminations au lieu de les fuir
Plutôt que d’étouffer tes pensées, Juliette Hazart recommande de prendre le temps de les comprendre. Noter ses pensées sur papier, observer ses sensations corporelles, identifier ce qui se joue dans ces moments-là : ces gestes simples aident à mettre du sens sur ce qui émerge. Cette démarche d’introspection, loin d’être anodine, permet de transformer l’anxiété en outil de connaissance de soi.
Pour les plus jeunes comme les moins jeunes, l’éloignement des écrans est aussi vivement conseillé. S’autoriser des moments d’ennui peut sembler contre-intuitif, mais ces plages de vide favorisent la créativité et la capacité à prendre du recul sur les préoccupations qui traversent l’esprit.
L’angoisse des vacances, un tabou sociétal à briser
L’injonction au bonheur est si puissante qu’il est mal vu de se plaindre de ses congés. Véritable institution depuis l'instauration des congés payés, les vacances restent perçues comme un luxe dont il serait ingrat de se plaindre. Résultat : beaucoup gardent leur mal-être pour eux et s’efforcent de « donner le change ».
Salvatore le confirme : « Je ne parle presque jamais des angoisses que je ressens en vacances. Je sais que ça ne serait pas compris par mon entourage et j’aurais trop peur de gâcher le plaisir des autres. » Maëlle, elle, vient d’une famille de travailleurs manuels qui partaient rarement : « Comme j’ai la chance d’avoir régulièrement des vacances, je me garde bien de formuler l’anxiété que ces grandes périodes de vide me procurent. »
Cette « obligation de réjouissance » pèse lourd. Pourtant, en parler permettrait de dédramatiser et de créer un espace d’échange bienveillant. L’isolement, déjà présent le reste de l’année pour certains, peut se trouver renforcé pendant l’été par le départ de l’entourage, la fermeture de services et le ralentissement de la vie de quartier. Les personnes seules, les jeunes adultes et les personnes âgées sont particulièrement concernés par cette forme d’angoisse saisonnière.
Quand consulter un professionnel pour son anxiété estivale ?
Si l’anxiété s’installe plusieurs jours, qu’elle devient intense au point d’empêcher de dormir, de s’alimenter ou de se socialiser, consulter devient nécessaire. Un psychologue peut aider à mettre du sens sur ces ressentis, souvent une première étape décisive pour retrouver du calme, de la liberté intérieure et une sécurité émotionnelle durable.
Des approches comme l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) se révèlent efficaces pour apaiser les symptômes anxieux liés à des souvenirs ou des schémas de pensée installés. L’important est de ne pas minimiser ce que tu ressens : ton mal-être est légitime, et il mérite d’être pris au sérieux.
Le chemin vers des vacances sereines passe par l’acceptation de cette réalité : le repos, ça s’apprend. Chaque année, des milliers de personnes vivent ce paradoxe et en sortent grandies. En t’autorisant à ralentir, à accueillir tes émotions sans jugement et à ajuster tes attentes, tu peux transformer cette période en véritable ressource pour ton bien-être. Les vacances ne sont pas une performance à réussir, mais un espace à investir à ton rythme, avec tes besoins pour seuls guides.
Ce que personne ne vous dit
Est-ce que c'est normal d'être stressé alors que je suis en vacances ?
C'est même très courant. On parle de vacanxiété quand le passage au repos devient une source de stress. Le cerveau, privé de ses repères habituels, se met à ressasser.
Ma vacance dure une semaine, est-ce que j'ai le temps de m'adapter ?
En général, deux semaines suffisent pour s'adapter. Avec une semaine seulement, mieux vaut garder un minimum de structure pour ne pas perdre pied.
Comment éviter que les pensées négatives débarquent dès le premier jour ?
Prévois une transition en douceur, comme un jour sans activité ni obligation. Autorise-toi aussi à ne rien faire, et rappelle-toi que l'oisiveté n'est pas une faute.
Ça vaut le coup de se forcer à faire des activités ou je reste tranquille ?
Suis ton envie plutôt qu'un planning. Le but n'est pas de performer, mais de retrouver un équilibre. Un peu de mouvement ou une lecture suffisent si c'est ce qui te fait du bien.
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Gabin a parcouru la Pologne à vélo pendant trois étés de suite, carnet en poche. Ancien étudiant en géographie, il documente chaque trajet avec des notes de terrain et des photos prises sur le vif. Sa spécialité : trouver les routes que le GPS ne connaît pas.